Le logiciel libre, c'est comme une piscine : quand on a nagé dedans pendant quelques minutes, on sait que l'eau est bonne. Mais quand on est sur le bord, on hésite à y tremper un orteil.
Récemment, j'entendais un haut responsable dans une entreprise expliquer ses choix en partie à cause "des risques du libre". Le logiciel libre serait donc risqué ? Pour les membres actifs du projet yacs, cela peut faire sourire. Nous savons bien, nous, ce que le logiciel libre peut apporter dans le développement d'une solution concrète : des coût de licence réduits à zéro, des évolutions sans coût de maintenance, des fonctions répondant aux problématiques concrètes des développeurs, un accès direct et permanent à l'ensemble du code source, une sécurisation et une optimisation permanente du logiciel, une multiplicité d'intervenants pour le support, etc.
Mettons-nous maintenant à la place de ceux qui n'ont pas cette expérience. Que perçoivent-ils du logiciel libre ? D'où proviennent vraiment ces réticences ?
Risque 1 - Perte d'avantage concurrentiel
Lorsque l'on donnait de l'argent à une équipe de développement, c'était pour réfléchir à une nouvelle technologie, matérialisée sous forme de logiciel. Le retour sur investissement se faisait grâce à la commercialisation de ce logiciel, ou des produits associés. Si le logiciel avait suffisamment de succès, les bénéfices accumulés permettaient de lancer un nouveau cycle d'investissements, et ainsi de suite.
Dans ce contexte, l'avantage concurrentiel est intimement lié au secret du code source, connu seulement de quelques développeurs de l'entreprise. Puisque le logiciel libre consiste à partager les sources, il pourrait menacer l'efficacité commerciale de l'entreprise. A quoi bon investir s'il faut donner à la concurrence le résultat de ses projets de recherche ?
Cette objection est tout à fait valide dans le cadre d'investissements limités à une seule entreprise. Mais le domaine d'application du logiciel libre est tout autre, puisqu'il s'agit d'investissements partagés par (potentiellement) un grand nombre d'entreprises. Rendre libre une partie d'un logiciel est le meilleur moyen d'inciter des tiers à se pencher sur une technologie que vous aurez lancé. Des testeurs, des développeurs, des supporteurs, des conseillers, des architectes, voilà autant de ressources impliquées à moindre coût dans votre projet.
Trop souvent, les juristes d'entreprise restent ancrés sur une mauvaise question. "Pour ou contre le libre ?" demandent-ils tout d'abord, avant de prouver que le libre met en péril les droits intellectuels de la compagnie.
La bonne question serait plutôt : "Quels sont les produits que nous aimerions développer, et pour lesquels nous n'avons pas les ressources nécessaires ?" Le logiciel libre peut être une réponse très valable, et devient alors une arme offensive. Vous ne risquez rien à partager le travail fait par des tiers, non ?
Risque 2 - Coûts d'intégration de briques d'origines diverses
Avant l'avénement du libre, les choses étaient simples. Chaque secteur d'activitié économique disposait de solutions verticales, contrôlées par quelques sociétés spécialisées. Chaque année, nous attendions les nouveautés de la nouvelle version, et pestions contre les prix de maintenance, contre ceux des mises à jour. La maîtrise des coûts passait nécessairement par un accroissement du parc, seul moyen de faire baisser le prix individuel des licences. D'où l'intérêt des acheteurs pour le regroupement des filiales et la centralisation des achats.
Avec le logiciel libre, il devient possible d'assembler une solution sur mesure, à partir de briques soigneusement sélectionnées. Cependant, des coûts d'intégration sont à prévoir, et la maîtrise de ces coûts n'est pas évidente. Par exemple, tout ou partie de l'intégration doit être reconsidérée lors de l'évolution de chacune des briques individuelles. Il est donc possible que les coûts réels du logiciel libre soient largement supérieurs à ceux de logiciels commerciaux.
Lorsque cela arrive, c'est généralement parce que l'entreprise ne maîtrise pas suffisamment son sujet, et parce qu'un prestataire a abusé de la situation. Les moyens de se protéger sont pourtant simples et connus : affirmer sa préférence pour des standards ouverts, et embaucher dans son équipe quelques architectes informatiques expérimentés dans le domaine du logiciel libre.
Si votre stratégie de développement business s'appuie sur du logiciel libre, ne prenez pas le risque de dépendre totalement de consultants et d'intégrateurs extérieurs, vous pourriez avoir à le regretter.
Risque 3 - Notre métier n'est pas de faire du logiciel
Je suis frappé qu'autant de responsables produits aient si peu de compétences en matière de logiciel. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que leurs approches soient plus "hard" que "soft". Pour eux, le développement logiciel est réservé aux éditeurs, c'est bien connu. Les entreprises ordinaires développent ou vendent des produits ou des services, mais ceci n'auraient rien à voir avec la programmation.
Et pourtant, il faut bien reconnaitre que le logiciel est au coeur de la plupart des produits intelligents, depuis la machine à laver la vaisselle jusqu'au dernier des téléphones multi-fonctions. Comme le répète le message marketing : "Il y a une application pour ça." Combien d'applications votre entreprise a-t-elle à offrir ?
Les partenariats commerciaux qui durent ne peuvent plus se contenter de contrats exhaustifs, ni d'organisations mixtes. En publiant du logiciel libre, vous pouvez permettre à vos clients de lier directement leurs système d'information au vôtre. Embauchez un architecte en logiciel libre, il vous expliquera comment créer une interface programmatique ("API" en anglais) permettant à vos clients d'interagir automatiquement avec vos produits et services.
Finalement, le principal risque du logiciel libre, c'est la méconnaissance du logiciel tout court. Pour entrer dans le vif du sujet, commencez par recruter de nouveaux collaborateurs qui améneront leur expérience d'architectes, de développeurs, d'intégrateurs. Impliquez les directement dans vos équipes marketing, et vous pourrez, assez rapidement, envisager de nouveaux développements pour votre entreprise.
Allez chercher votre maillot de bain, nous vous attendons pour nager avec nous. L'eau est si bonne ...